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Biographie Page 4

Gaspé avait porté à son plus haut degré cette rencontre intime avec la nature. Cette région avait présenté un tel défi à Gerald et à Françoise qu'ils avaient décidé de prolonger leur séjour. Le départ de Gaspé arracherait Gerald d'un milieu qui l'inspirait pour une deuxième fois.

Même si Gerald avait été déterminé à quitter Gaspé, une fois à Rivière-du-Loup, il supplia Françoise d'y retourner. Cette requête exaspéra Françoise parce que Gerald était enclin à ce genre de comportement et à ignorer son état de santé. Pour une rare fois, Françoise tint son bout et rejeta carrément sa suggestion. Même si le séjour à Gaspé avait été une aventure formidable, vivre sans jamais vraiment défaire ses bagages pendant des mois avait épuisé Françoise. C'est pour cette raison, et aussi parce qu'ils n'avaient pas de foyer, qu'elle déclara qu'il était temps de poursuivre leur voyage.

Françoise avait toujours affiché un optimisme prudent quant aux décisions de Gerald, mais ces événements marquèrent un point tournant. À partir de ce moment-là, elle remarqua une détérioration de l'état d'esprit de Gerald. Son comportement devenait de moins en moins raisonnable. Par exemple, il apportait toujours son pinceau et sa palette avec lui lorsqu'il devait utiliser les toilettes extérieures. Il justifiait ce comportement en disant qu'il avait besoin de solitude. Françoise considérait qu'un tel commentaire dépassait toutes les autres sottises exprimées par son mari. De toute évidence, leur retour à Montréal s'imposait.

On a souvent dit de Gerald que c'était une personne spontanée. Fidèle à sa nature, il se tourna vers d'autres sujets et adopta un nouveau moyen d'expression, passant de la peinture à l'huile au pastel. À l'époque, on dessinait des nus au pastel. Selon lui, Françoise serait le modèle par excellence. De fait, elle figurait au cœur de son œuvre. Sa pureté était innocente et intacte.

Lorsque Gerald lui proposa de poser pour lui, elle se sentit à la fois exaspérée et violée. Cette requête la tiraillait de tous côtés, mais l'idée qu'un autre modèle poserait pour Gerald eut raison d'elle. Même si elle était aux prises avec une peur et une angoisse intenses, elle céda finalement au souhait de son mari. Mais en dépit de cette concession, son angoisse augmentait.

Armé de ses pastels, Gerald se concentrait sur le corps et le visage de Françoise, dessinant délicatement ses traits afin de créer un effet de flou artistique rêveur pour équilibrer l'œuvre. En hommage à la beauté de Françoise, il ajoutait à la silhouette les plus infimes détails. Une certaine tension sexuelle entrait en jeu. Il utilisait des teintes de la même famille pour créer une atmosphère intime et donner vie à son oeuvre. L'effet d'animation était l'une des caractéristiques de l'œuvre de Gerald. Chaque peinture suscitait beaucoup d'émotion chez Françoise. Si elle versa des larmes amères à la perte de sa dignité, elle versa des larmes de joie devant l'interprétation de sa beauté par Gerald. Au fil du temps, plutôt que de critiquer, elle céda aux exigences de la sensualité artistique de Gerald. Le souci du détail que Gerald apportait à son travail, ajouté aux nombreuses heures passées dans le studio, furent la source d'importantes difficultés de part et d'autre et, bien qu'il soit difficile de le prouver, d'appréhension. C'est à cette époque que Françoise avoua à son mari qu'elle était convaincue que l'incendie qui avait ravagé leur maison et leur future galerie d'art trois ans plus tôt à Saint-Eustache avait été causé par une chandelle qu'elle avait jetée à la poubelle.

Gerald déclara que c'était un accident et n'accorda aucune importance à cet aveu. Son amour pour Françoise était tel qu'il lui pardonna immédiatement. Il changea aussitôt le sujet et annonça qu'il fallait célébrer l'aboutisement tant anticipé d'une aventure couronnée de succès. Ils décidèrent de rendre visite à Marc-Aurèle Fortin à Sainte-Rose et de l'inviter à fêter avec eux leur triomphe. L'amitié entre les deux hommes était pour l'un et l'autre une source importante d'inspiration. Le lien qui les unissait était sincère.

Gerald aimait toujours la poussée d'adrénaline qu'il ressentait en arrivant à Sainte-Rose. Ce village au cachet et à l'emplacement pittoresques avait laissé sur lui une marque indélébile. Plusieurs de ces éléments ont d'ailleurs été intégrés à ses peintures ultérieures. La présence de Marc-Aurèle Fortin accentuait ce sentiment d'euphorie. À chaque fois qu'ils se retrouvaient entre amis, Gerald avait toujours hâte d'étaler ses nouvelles créations. À un moment donné de la fête, Françoise proposa une présentation des chef-d'œuvres de son mari en lançant un avertissement à Marc-Aurèle Fortin qu'elle lui casserait les doigts s'il s'avisait de détruire l'une ou l'autre des œuvres de Gerald. Cette remarque inattendue prit tout le monde par surprise et suscita beaucoup de rires. La présentation continua sans accroc. En raison de leur consommation excessive d'alcool, la rencontre à Sainte-Rose se prolongea tard dans la nuit

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