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Biographie Page 2

Gerald fixa Françoise dans les yeux et lui dit : « Je refuse de manger d'autres barres de chocolat ». Sur ces paroles, et en proie à une douleur intense, il rassembla ce qui restait de sa collection de tableaux. Il ressentait le besoin de s'isoler. Alors qu'il errait sans but le long du lac, il tomba par hasard sur une chaloupe. Sans aucune raison particulière, et sans explication, il mit ses tableaux dans la chaloupe et s'éloigna de la rive.

Ayant parcouru seulement quelques mètres, Gerald s'aperçut qu'il n'y avait pas de rame dans l'embarcation et que le courant l'emportait. Se rendant compte qu'il était à la dérive, il fut pris de panique. Une chose était certaine, rien n'allait plus. Toute pensée d'isolement se transforma aussitôt en peur sourde. L'embarcation de bois avait subi les ravages de la pourriture et la coque était en très mauvais état. Il essaya tant bien que mal de vider la chaloupe avec ses mains, mais en dépit de ses efforts, le niveau d'eau augmentait. L'eau couvrit d'abord ses pieds, puis monta jusqu'à ses jambes; la chaloupe coulait. Gerald n'eut même pas le temps de ramasser ce qui le préoccupait le plus, ses peintures. Les tableaux flottaient un peu partout sur l'eau. Une fois ce cauchemar terminé, il ne récupéra que six tableaux. Le courant avait emporté les autres et on ne les a jamais retrouvés. Françoise aperçut Gerald qui arrivait derrière elle, complètement trempé et désorienté, serrant contre lui ses peintures.

Un lourd sentiment de dépression s'empara d'eux. C'est en regardant ses bras brûlés que Gerald fut confronté à une dure réalité : pourrait-il encore s'adonner à son activité préférée? La peau de ses bras était complètement partie et même les muscles étaient carbonisés. Le père Gareau, qui s'était rendu jusqu'à Saint-Eustache pour les ramener à Montréal, leur porta main forte durant cette période difficile. La première chose était d'amener Gerald à l'hôpital pour qu'on soigne ses blessures. Il y resta six semaines.

Quand Gerald reçut son congé de l'hôpital, le père Gareau insista pour que Françoise et lui viennent habiter dans sa chapelle, ce qu'ils acceptèrent avec reconnaissance. Pendant deux mois, le père Gareau consacra la plus grande partie de son temps à voir à leurs besoins. De plus, une religieuse venait chaque jour changer les pansements de Gerald. On profita de la convalescence de Gerald pour mettre un peu d'ordre dans ses affaires. Après avoir obtenu la permission de Gerald, le père Gareau vendit une des peintures qui avait survécu au sinistre survenu quelques mois plus tôt. P. Mouffette déboursa une somme considérable pour la peinture, ce qui permit à Gerald et à Françoise de vivre à l'aise pour deux ans.

Il n'était pas question pour Gerald de peindre durant la première année de sa convalescence. Ses bras ne guérissaient pas bien. Lorsque la température s'adoucit, il insista pour visiter le port près du Vieux-Montréal. Il ressentait un besoin impérieux d'analyser chacun des sujets dans ses moindres détails. Son état de santé était tel qu'il semblait toujours être en transe. Incapable d'assouvir sa passion, le désespoir se lisait sur le visage de Gerald. Quel triste spectacle!

Le périple de Gerald et de Françoise les mena vers des endroits moins peuplés et plus intimes; de Saint-Eustache, ils se rendirent au parc du Mont-Tremblant et finalement à Gaspé. Gerald avait décidé de demeurer un mois dans chaque agglomération. Son objectif : peindre quatre tableaux représentant chacune des régions.

À chaque matin, au lever du jour, Françoise se faisait réveiller brusquement. Quelques minutes plus tard ils sortaient de la maison, entraient dans leur véhicule et se dirigeaient vers un autre paysage naturel. Gerald voulait toujours aller au-delà de la prochaine montagne. Force est d'admettre que ce désir était entièrement justifié par la nature majestueuse. Cependant, la douleur dans ses bras et sa recherche de la perfection suscitaient beaucoup de frustration. Il détruisit plusieurs tableaux, tous victimes de son perfectionnisme. Selon Françoise, seulement un tableau sur cinq a survécu à ce massacre. Sur le plan positif, le résultat final était magnifique

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