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Le récit - Page 2

Un travail de détective créatif m'a conduit à Françoise, la veuve recluse de Gerald Byron. Même si je me suis présenté, son accueil a été plutôt froid, ce qui m'a un peu étonné. Au début, elle se refermait aussitôt qu'il était question de son défunt mari. Maintenant que je connais son histoire, je comprends son comportement.

Durant les premières minutes de nos retrouvailles, l'intérêt que je portais à cette gentille vieille dame de 82 ans me cacha le décor. Soudainement, j'ai été frappé par la foudre; ce fut pour moi une révélation. Pendant un moment qui m'a semblé une éternité, j'étais dans une zone floue. C'était comme si je me trouvais au milieu d'un diaporama au ralenti. Les murs étaient littéralement couverts des plus belles œuvres d'art jamais réunies sous un même toit. Je fus rempli d'admiration et de respect devant ces chefs-d'œuvre. Je vous assure que je n'utilise pas le mot « chef-d'œuvre » à la légère.

Après avoir retrouvé mes sens, je me tournai vers la vieille dame et lui dis : « Vous rendez-vous compte que vous possédez une partie de l'histoire canadienne dans votre maison? ». Elle me répondit simplement, « Je le sais. » Je soulignai l'importance de cette collection et le devoir qu'elle avait de partager ces trésors avec le monde. Son comportement changea immédiatement et elle me demanda de partir. Elle me fit comprendre très clairement qu'elle n'avait pas l'intention de se départir de cette collection qui lui était très chère. Je tentai sans succès de lui expliquer que ce n'est pas du tout ce que je voulais dire. La porte claqua derrière moi. Je me sentais un peu comme un enfant désemparé; je ne savais que faire.

Après plusieurs semaines, je décidai de retourner la voir, mais cette fois d'y aller doucement. En approchant de sa maison, j'étais aussi terrifié que si je devais affronter un peloton d'exécution. Puis la porte s'ouvrit brusquement et Françoise apparut dans l'embrasure, affichant un petit sourire en coin. La première chose qu'elle me dit en me voyant fut « Qu'est-ce qui t'a pris autant de temps? ». Avec un haussement d'épaules, je lui rappelai que je ne comprenais pas très bien le français. Sur ce, elle m'invita à entrer. En passant le seuil de la porte, je remarquai que son état de santé s'était détérioré depuis la dernière fois que je l'avais vue. J'eu le sentiment qu'elle aimait beaucoup se retrouver en ma compagnie, un peu comme un prisonnier en isolement cellulaire qui cherche un contact humain après avoir été laissé pour compte pendant de nombreuses années.

Après avoir discuté avec elle pendant de nombreuses heures, je me rendis compte qu'elle ne voulait tout simplement pas se départir de l'art de son mari. La cupidité et l'égoïsme de certaines personnes dans le passé avaient contribué à cet état d'esprit. Elle se reprochait parfois de ne pas avoir réussi à freiner ces personnes. De plus, elle déplorait le fait que le public et le gouvernement accordaient si peu de valeur à la peinture dans un monde où règnent le multimédia, la télévision par câble, les ordinateurs et d'autres sources de divertissement. Qui, dans l'avenir, se soucierait de Gerald Byron, de son art ou même de l'art en général? Je ne pouvais que lui répondre que dans la vie de tous les jours, ces choses avaient peu d'importance pour les gens.

Cette première soirée et les huit mois suivants passés à ses côtés à titre d'ami et de confident m'ont permis de comprendre qu'il ne s'agissait pas seulement de l'art, mais plutôt d'une femme extraordinaire, une femme qui ne voulait pas mourir seule.

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